Connaissez-vous la chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum) ? 

Plus petite qu'une grive musicienne, la chevêchette d'Europe est le plus petit rapace nocturne du continent. Elle mesure de 16 à 19 cm selon le sexe — la femelle étant légèrement plus grande que le mâle — pour une envergure de 35 à 38 cm et un poids de 60 à 90 g. Sa silhouette est trapue, sa tête ronde et aplatie est percée de petits yeux jaune orangé et ses sourcils blancs sont bien marqués. 

Le dessus du corps est brun foncé ponctué de petites taches blanches ; le dessous est blanc strié de brun. Sa queue brune, rayée de cinq barres claires, dépasse nettement des ailes au repos et peut se relever à la verticale : c'est un trait caractéristique de l'espèce, que l'oiseau agite régulièrement en signe de nervosité.

Contrairement à la plupart des autres chouettes, la chevêchette est active en plein jour. Chasseresse à l'affût, elle fond sur ses proies depuis un perchoir élevé  avec une précision redoutable. Elle se nourrit principalement de micromammifères (campagnols, mulots, musaraignes) et de petits passereaux (mésanges, roitelets, troglodytes), qu'elle attrape parfois en vol ou jusque dans leur cavité de repos.

La chevêchette est inféodée aux vieilles forêts de conifères d'altitude, principalement au-dessus de 1 000 m, dans des secteurs riches en clairières et en sous-bois dégagés permettant la chasse. Incapable de creuser elle-même une cavité, elle dépend entièrement des loges creusées par les pics — surtout le pic épeiche — pour nicher et stocker ses proies. 

La reproduction commence dès la fin de l'hiver. Le mâle chante depuis un poste élevé pour attirer une femelle, en émettant une série monotone de sifflements, répétés à intervalles réguliers, qui portent jusqu'à 500 mètres. Une fois le couple formé, la femelle pond de 4 à 7 œufs blancs entre mi-avril et mi-mai, qu'elle couve seule pendant 28 à 30 jours. Le mâle assure l'approvisionnement en nourriture. Les jeunes quittent la cavité à l'âge de 28 à 32 jours, encore malhabiles, et sont nourris par les parents pendant encore deux à quatre semaines avant d'être pleinement indépendants.

En France, la chevêchette est sédentaire. On la rencontre principalement dans les Alpes, le Jura et les Vosges — toute la frange est du pays depuis les Alpes-Maritimes jusqu'aux Vosges du Nord. 
Autour de Grenoble, elle est notamment présente dans les massifs du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne.


Est-il possible de les observer ? 

Très discrète malgré ses mœurs partiellement diurnes, elle passe facilement inaperçue dans les forêts de conifères qu'elle fréquente. Sa petite taille et son plumage cryptique en font une experte du camouflage.

Le chant du mâle est le meilleur indice de présence. Il peut s'entendre toute l'année, avec deux périodes de plus forte activité vocale : l'automne (septembre à novembre), lors de l'établissement des territoires, et le printemps (février à mai), lors de la parade nuptiale. Une sortie à l'aube dans une vieille forêt de résineux d'altitude, l'oreille attentive, est la meilleure approche.

Il est préférable de ne pas utiliser la technique de la repasse — diffusion du chant enregistré pour provoquer une réponse territoriale — parfois mise en oeuvre par les ornithologues pour confirmer la présence de l'espèce. cette méthode doit être totalement proscrite en période de reproduction.

Lorsqu'elle est localisée, la chevêchette est souvent peu farouche et peut se laisser observer assez longuement depuis un perchoir élevé — une récompense méritée pour ceux qui auront réussi à la trouver.

Comment les protéger ? 


La chevêchette d'Europe bénéficie d'une protection totale en France depuis l'arrêté du 17 avril 1981. Elle est également inscrite à l'annexe I de la Directive Oiseaux de l'Union Européenne, qui impose aux États membres des mesures spécifiques de conservation. À l'échelle internationale, elle figure à l'annexe II de la Convention de Berne et de la Convention de Washington (CITES).

Si l'espèce n'est pas globalement menacée à l'échelle européenne, sa situation reste fragile en France du fait de la rareté et de la vulnérabilité de ses habitats. 

Les principales menaces sont :

  • La destruction des vieux arbres à cavités, indispensables à la nidification. Toute exploitation forestière supprimant les arbres sénescents ou les loges de pics prive directement la chevêchette de sites de reproduction.
  • L'intensification sylvicole, qui tend à rajeunir et uniformiser les peuplements forestiers, au détriment des vieilles forêts diversifiées dont elle a besoin.
  • Le dérangement hivernal, lié au développement des activités de plein air (ski de fond, raquettes), dans les massifs forestiers d'altitude.
  • Le réchauffement climatique, qui risque à terme de réduire l'aire de répartition de cette espèce à affinité boréale, comme de nombreuses autres espèces de montagne.


Quelques gestes concrets permettent de contribuer à sa protection :

  • Lors de randonnées en forêt, rester sur les sentiers et éviter de perturber les cavités d'arbres.
  • Soutenir les démarches de gestion forestière favorable : maintien des îlots de sénescence, conservation des vieux arbres à cavités, préservation des clairières naturelles.
  • Signaler toute observation à la LPO ou sur les plateformes naturalistes (Faune-France, iNaturalist), car les données sur cette espèce discrète restent encore lacunaires dans de nombreux secteurs.
  • Ne jamais utiliser la repasse de chant, en particulier en période de reproduction (avril à juillet).

Pour en savoir plus

LPO — Fiche espèce Chevêchette d'Europe : https://www.lpo.fr/decouvrir-la-nature/fiches-especes/fiches-especes/oiseaux/rapaces/chevechette-d-europe

INPN — Glaucidium passerinum : https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/3507

Oiseaux.net — Chevêchette d'Europe : https://www.oiseaux.net/oiseaux/chevechette.d.europe.html

Observatoire de la Biodiversité de Savoie : https://www.biodiversite-savoie.org/ressources/article_2011-03

Année de rédaction de l'article : 2025