Connaissez-vous le tétras lyre (Lyrurus tetrix) ?
Oiseau emblématique des Alpes, le tétras lyre possède un plumage remarquable.
Les nuances noires et bleutées des plumes du mâle sont mises en valeur par les taches et les barres blanches présentes sur les ailes. Des caroncules — excroissances charnues rouge vif, comme on en trouve chez le coq domestique — ornent le dessus des yeux, particulièrement développées en période de parade.
Les plumes externes de la queue sont incurvées et lui donnent une forme qui évoque celle de la lyre, dont l'oiseau tire son nom. Comme la face inférieure des ailes, la queue est d'un blanc immaculé. Les pattes, courtes, sont emplumées, et les doigts des pattes portent en hiver des franges cornées qui leur permettent de se déplacer sur la neige sans s'y enfoncer — l'équivalent de petites raquettes naturelles.
La femelle, plus petite et plus discrète, a un plumage brun-roux moucheté de noir et de blanc. Sa queue est plus courte et légèrement échancrée.
Du haut de ses 45 à 60 cm, le tétras lyre adulte pèse en moyenne 0,8 kg pour les femelles et 1,3 kg pour les mâles. Il peut vivre jusqu'à 10 ans.
On trouve les tétras lyres en limite supérieure des forêts de conifères, de 1 400 à 2 300 mètres d'altitude, à l'interface avec les milieux ouverts. Pour se nourrir, se reproduire et élever ses petits, il a besoin d'une végétation diversifiée, avec des mosaïques de forêts, de prairies, de bosquets, de myrtilliers et de rhododendrons. L'adulte est essentiellement végétarien : bourgeons, graines, jeunes pousses, feuilles, aiguilles de conifères, fruits et baies. En hiver, lorsque la végétation est enfouie sous la neige, il se rabat principalement sur les rameaux et aiguilles de pins et de mélèzes. Les poussins, eux, sont quasi exclusivement insectivores durant leurs premières semaines de vie : ces apports en protéines leur permettent une croissance très rapide.
En France, l'espèce n'est présente que dans les Alpes. La population européenne est estimée entre 325 000 et 740 000 couples, mais les populations alpines sont sous pression. Le département de l'Isère accueille 10 à 15 % de la population nationale de tétras lyres, soit environ 2 000 à 2 500 oiseaux. On peut notamment les observer dans les trois massifs autour de Grenoble : la Chartreuse, le Vercors et Belledonne.
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Les parades nuptiales, les combats et les chants
Pour attirer les femelles, les mâles se réunissent aux mois d'avril et de mai, au lever du jour, dans des espaces dégagés appelés « places de chant », « arènes » ou « leks ». C'est ici qu'ils chantent, paradent et combattent. La parade est un mélange de sauts, de postures de provocation, de cris et d'attaques. Le chant consiste en une succession de roucoulements et de chuintements, audible dès une demi-heure avant le lever du soleil, et les coqs peuvent rester en activité sur l'arène pendant quatre à cinq heures. Les gestes ont tous une signification précise : provocation, domination, soumission.
Les poules, quant à elles, passent d'une place à l'autre en restant silencieuses, et s'accouplent avec le mâle dominant vers la mi-mai. Fin mai, chaque femelle pond de 3 à 10 œufs directement au sol, dans un nid dissimulé dans un fourré ou sous des buissons. Elle couve seule pendant environ 26 jours. Les poussins, nidifuges, quittent le nid dès l'éclosion et suivent leur mère. Ils restent accompagnés jusqu'à l'automne, où ils se dispersent.
Le succès de reproduction est très variable selon les années : les étés froids et pluvieux provoquent une forte mortalité des poussins, et fin août, seules 40 % des poules en moyenne sont encore accompagnées de jeunes.
Ces regroupements de mâles qui chantent et paradent sont également observables à l'automne, aux environs du mois d'octobre.
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Survivre à l'hiver
Pour survivre aux conditions très dures en montagne à cette saison, les tétras lyres limitent leurs déplacements au strict minimum. Ils se protègent en creusant des tunnels dans la neige, semblables à de petits igloos où la température reste légèrement positive, autour de 4 °C. Ils passent dans ces abris la quasi-totalité de leurs nuits et la majeure partie des journées en cas de mauvais temps, pour économiser autant que possible leur énergie et se protéger des prédateurs. S'ils ne sont pas dérangés, ils restent abrités près de 22 heures par jour, ne sortant qu'une heure à l'aube et une au crépuscule, pour s'alimenter.
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Est-il possible de les observer ?
Les tétras lyres sont extrêmement discrets. Il est possible de les apercevoir perchés en haut d'un arbre ou de les entendre roucouler, mais dans la majorité des cas c'est un envol bruyant qui risque de vous signaler, trop tard, leur présence.
L'observation durant la période des parades nuptiales ne doit se faire qu'avec une grande prudence, en s'étant bien documenté sur l'espèce et en suivant un protocole précis. L'utilisation d'une tente affût est indispensable — il n'est pas envisageable de se contenter d'un filet de camouflage. La tente doit être installée bien avant l'arrivée des oiseaux, au moins une heure à une heure et demie avant le lever du soleil. En présence des tétras lyres, il convient de ne faire aucun bruit ou mouvement perceptible. Il ne sera possible de sortir de la tente pour la démonter qu'après le départ complet des oiseaux.
Le respect de ces règles est impératif. Un dérangement à cette période peut conduire les tétras lyres à quitter définitivement les lieux et compromettre la reproduction de cette espèce fragile.
Comment les protéger ?
En France, le tétras lyre est considéré comme une espèce « NT — quasi menacée ».
Il est classé parmi les « espèces vulnérables » en Rhône-Alpes. À l'échelle européenne, il est inscrit à l'annexe I de la Directive Oiseaux, qui impose aux États membres des mesures de conservation spécifiques de leur habitat.
Les menaces pesant sur l'espèce sont multiples : fragmentation et dégradation de l'habitat par les infrastructures touristiques, collisions mortelles avec les câbles de remontées mécaniques, dérangements liés aux activités de plein air, et recul du pastoralisme qui entraîne une fermeture progressive des milieux ouverts dont l'espèce a besoin. Le réchauffement climatique représente une menace croissante : la remontée de l'étage forestier et la réduction de l'enneigement réduisent progressivement les habitats favorables et perturbent le cycle de reproduction.
Quelques mesures permettent de les protéger :
- Éviter le dérangement hivernal lors de sorties à ski ou en raquettes. En particulier, respecter les zones de protection hivernale signalées par des fanions ou panonceaux, notamment en Chartreuse, à Belledonne et dans le Vercors. L'envol de l'oiseau en hiver l'oblige à dépenser une énergie précieuse et l'expose à la prédation.
- Au printemps, ne pas perturber la reproduction. L'observation des tétras lyres en période de parades nuptiales implique de rester à distance ou de respecter un protocole précis (voir plus haut).
- En été, limiter le piétinement des buissons lors des randonnées hors sentiers, pour ne pas mettre en danger les nichées au sol.
- En toute saison, tenir son chien en laisse lors des randonnées dans la nature.
- Soutenir les démarches de gestion favorables à l'espèce : maintien du pastoralisme extensif, débroussaillage ciblé pour dégager des zones de reproduction, équipement des câbles de remontées mécaniques pour réduire les collisions.
Pour en savoir plus
Plan d'actions alpin pour la conservation du tétras-lyre et de ses habitats 2017-2022 : https://www.isere.gouv.fr/content/download/35578/242748/file/Plan+d'actions+alpin+tétras-lyre.pdf
Portail ornithologique Oiseaux.net : https://www.oiseaux.net/oiseaux/tetras.lyre.html
Observatoire des Galliformes de Montagne : https://www.galliformes-montagne.fr
OFB — Fiche espèce Tétras lyre : http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Tetras-Lyre-ar647
Année de rédaction de l'article : 2021, mis à jour en 2026